Gestion des crises sanitaires en élevage et impact sur les systèmes de production

Depuis le début des années 2000, de nouvelles épizooties telles que les grippes aviaires (IAHP) et la fièvre catarrhale ovine (FCO)traversent la France.  La lutte contre ces maladies fait l’objet de controverses et est confrontée  à une baisse de l’acceptabilité sociale des moyens utilisés. 

En effet certaines méthodes préventives comme la  vaccination obligatoire ou le confinement des animaux sont souvent plus difficiles à mettre en œuvre  dans des systèmes fermiers ou de faible dimension. Leur systématisation  peut induire ou favoriser la concentration ou la  production industrielle dans un contexte où celles-ci sont  elles même  de plus en plus contestées à la fois par les éleveurs et par les consommateurs.

En s’appuyant sur les épizooties récentes des grippes aviaires et de la FCO, Barbara Dufour  et Roxane Mitralias  nous présenteront  les enjeux et risques correspondants à ces deux types de maladies et tenteront  de montrer les marges de manœuvre existantes et souhaitables entre l’impératif sanitaire à court terme et une évolution des systèmes d’élevage plus conformes aux attentes de la société.

Barbara Dufour est enseignant-chercheur à l’Ecole Vétérinaire d’ Alfort : Unité  Maladies règlementées, zoonoses et épidémiologie, après plusieurs  années passées à l’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail).

Roxanne Mitralias est chargée des aspects sanitaires et des risques technologiques à la Confédération Paysanne.

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Une réflexion au sujet de « Gestion des crises sanitaires en élevage et impact sur les systèmes de production »

  1. Gestion des crises sanitaires en élevage et impact sur les modèles de production
    Résumé des échanges de la réunion MARS du 13 3 18

    Grippes aviaires et FCO sont deux cas de problèmes sanitaires complexes qui ne peuvent pas avoir de solution simple et univoque, tels l’abattage régional massif ou la vaccination systématique, ce qui laisse place au débat sur des mesures adaptées au pathogène avec la prise en compte des contextes régionaux et des systèmes d’élevages.

    1. Pour les grippes aviaires, il faut intégrer 3 aspects pour cerner cette complexité :

    -Il s’agit d’une famille de virus ARN segmenté qui sous leur forme habituelle (FP) , sont sans gravité pour l’avifaune sauvage (les canards sont considérés comme réservoirs de ces virus), mais qui peuvent muter et devenir très pathogènes surtout dans les élevages de volaille. Ces virus étant composés de 16 antigènes H et 9 antigènes N, les combinaisons possibles sont multiples et imprévisibles et écartent ainsi la solution de la vaccination préventive.
    – le principal berceau d’origine de ces virus c’est l’Asie du Sud Est, notamment la Chine où les canards sauvages et domestiques échangent facilement leurs virus : très forte concentration humaine, de petits élevages individuels et familiaux comme de très gros ateliers industriels dont les produits se croisent sur les marchés ou dans les rivières et les étangs, lieux de rencontre avec les canards sauvages…Ces derniers vont migrer en passant par le Nord de l’Europe pour aller vers le Sud en empruntant des couloirs assez larges dont deux traversant la France tous les ans  dans les deux sens (migrations).

    – Cependant certaines régions françaises à forte production de volailles, bien que situées dans ces couloirs de migrations semblent épargnées par ces grippes aviaires, ou du moins semblent pouvoir les maitriser ; Il s’agit notamment les Pays de la Loire et Rhône Alpes, y compris avec des élevages plein air imposé par le cahier des charges (Poulet de Louée ou Poulet de Bresse) Ce qui est une information importante à mieux expertiser…
    Pourquoi cette explosion dans le Sud ouest, région traditionnelle d’élevage de volailles et notamment de canards et pourquoi ces hécatombes ? La réponse est assez simple : une fois le virus introduit par la faune sauvage il circule dans la zone avec une facilité étonnante enraisondes modes de production. Apparemment la croissance de la production de foie gras qui a été multipliée par 3 en 10 ans, n’a pas été accompagnée ou précédée par des modifications adéquates des règles d’hygiènes des modes de productions, de transport et d’abattage . La segmentation et l’intensification de la production, ont entrainé des déplacements importants d’animaux vivants (PAG) vers des salles de gavage, une multiplication des passages d’intervenants et de flux entre les élevages, ces derniers étant de plus en plus gros et souvent surpeuplés donc de plus en plus à risque…
    Inversement les petits élevages autarciques (qui font toute la chaîne depuis les canetons jusqu’au foie gras maison) sont bien moins vulnérables à ces risques de contamination par la filière ,mais ont quand même été ciblés par les abattages préventifs et les mesures de biosécurité !.Alors que beaucoup de petits producteurs ont dès à présent quitté la production de volailles, à cause de normes européennes justifiées pour le modèle industriel, les mesures de biosécurité pourraient avoir le même impact, si elles ne sont pas correctement pensées.

    De plus, ni l’Administration, ni la filière Foie gras du Sud Ouest ne semblent avoir tiré les leçons des ces deux grippe aviaires 2015-16 et 2016-17. Il y a donc un gros travail d’information et de clarification à faire en s’appuyant sur des comparaisons régionales et les bonnes pratiques associées, ceci pour les différentes productions de volailles
    Mais il ne faut pas non plus minimiser d’autres difficultés spécifiques à cette filière volailles :

    – il y a une forte compétition au sein de la filière Foie gras entre les bassins de production (ouest et sud-ouest)

    – mais aussi entre espèces, volailles de chair et poules pondeuses d’un côté et de l’autre canard gras, concernant notamment les marchés à l’export.
    Enfin à moyen terme on ne peut pas ne pas s’interroger sur l’avenir de cette filière foie gras compte tenu des mouvements animaliers et /ou de consommateurs voulant interdire le gavage …
    L’intensification et l’industrialisation de la filière ne peuvent que renforcer ce rejet par une part croissante des citoyens – consommateurs.

    2. Pour la FCO on retrouve ces trois niveaux de complexité bien que se déclinant différemment :-

    -Il s’agit là aussi d’une famille de virus ARN (27 sérotypes) qui peuvent évoluer rapidement mais dont la plupart se révèlent finalement assez peu pathogènes. Les Ovins y sont plus sensibles que les bovins sauf pour le type BTV 8. Ainsi le type Corse (BTV4récemment introduit) semble peu grave…

    – Les vecteurs sont des moucherons piqueurs très nombreux et variés : une centaine d’espèces très communes en France et en Europe. Il n’est donc pas question de les éradiquer chimiquement

    – La vaccination obligatoire a été décidée pour des raisons commerciales en France et à Bruxelles et non pour des raisons sanitaires car les dommages de la FCO sont assez limités pour les élevages mais sont un frein pour l’export de broutards vers l’Italie, l’Espagne notamment .

    De systématique et obligatoire lors de la 1ère crise FCO, la position de l’administration française s’est assouplie pour cette 2ème vague (BTV4) : la vaccination est devenue volontaire car elle se justifie toujours pour l’export.

    Deux éléments ont permis ce changement de posture de l’administration française:

    – le coût budgétaire de cette vaccination obligatoire pour l’Etat et pour les éleveurs ainsi que le manque de vaccins disponibles pour atteindre l’objectif d’éradication

    – la contestation croissante des éleveurs de la pertinence de cette vaccination imposée à tous non pas pour des raisons sanitaires et des pertes en élevage mais pour permettre à certains d’exporter*
    Pourquoi cette dernière crise FCO, alors que l’on croyait l’avoir éradiqué ? La dernière crise (BTV4) serait due à l’importation de bovins de Corse par un marchand savoyard qui les a envoyés dans plusieurs régions françaises, disséminant ainsi ce sérotype.

    Pourquoi la FCO (BTV8) est ‘elle réapparue si fortement dans le Massif Central ? Sans doute la réticence à la vaccination obligatoire a t’elle été plus forte dans cette région à moindre concentration ovine, le virus a pu diffuser discrètement pendant quelques années avant d’être détecté !

    Les enseignements de ces deux cas de crises sanitaires ont aussi une portée plus large :
    – la vaccination n’est pas automatique … Dans certains cas elle reste la meilleure solution (cas de fièvre aphteuse…) dans d’autres elle est peu pertinente en regard des risques et des coûts, voire inutile. Aujourd’hui, les restrictions budgétaires obligent à réfléchir et décider de façon plus pragmatique en fonction des agents pathogènes et de leur conséquence sanitaires réelles.

    – les modèles de production plein-air ne présentent pas les mêmes risques que les filières industrielles très segmentées, à haute intensité de transport et donc de brassage de virus. Si les élevages plein-air de Louée ou de Bresse ont réussi à passer entre les gouttes de virus IA bien que situés sous les couloirs des migrateurs, cela mérite d’être mieux étudié. Certains systèmes d’élevage renforcent à la fois la santé et le bien être des volailles, sans augmenter les risques.
    Les éleveurs sont bien conscients de cela ; ils ont maintenant plus d’arguments pour l’affirmer.

    Ces pistes de réflexion pourraient être reprises et approfondies lors d’une séance conjointe des Académies d’Agriculture et Vétérinaire en 2019.
    *Ce n’est pas un cas unique, c’est vrai aussi pour l’IBR (éradication imposée récemment au plan national mais qui a été initiée par la Bretagne, importatrice de génisses) et pour la leucose (inoffensive mais dans les règlements européens ) On dépense beaucoup d’argent public au profit principalement de l’export qui reste minoritaire… sauf pour les broutards qui sont plus d’un million et demi de têtes et les JB finis exportés vivants sur la Turquie et autres pays de Moyen Orient .Là aussi il faudrait s’interroger sur l’avenir de ce créneau d’export

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