Bassines du Marais Poitevin

Du conflit d’usage au projet de territoire

 Préfiguration de futures relation agriculteurs et société ?

Séance du 3 décembre 2019

Avec Frank MICHEL et Sophie DEVIENNE

Frank est chargé d’études à la Chambre régionale d’agriculture de Nouvelle Aquitaine
Sophie est Professeur d’Agriculture comparée à AgroParisTech

Le bassin de la Sèvre-Mignon alimente les Marais Poitevin et de Marans, jusqu’aux parcs ostréicoles de la baie de l’Aiguillon. Les conflits d’usages autour de l’eau, très anciens, ont été ravivés par le développement de l’irrigation dès la fin des années 70 : en effet, sans règles de gestion collectives, les prélèvements estivaux ont provoqué des ruptures d’approvisionnement au début des années 90. Après 25 ans de conflits d’usage et de restrictions d’irrigation, les agriculteurs ont proposé de stocker l’eau en excès l’hiver dans des retenues de substitution, les « bassines », pour pouvoir continuer à irriguer l’été en sécurité.

Subventionné à 70 %, ce projet a rencontré une forte opposition de la population péri-urbaine locale, qui voyait ses impôts passer dans la perpétuation d’un modèle agricole « intensif » qu’elle refusait. Une médiation organisée par l’État a aboutit à la signature en décembre 2018 d’un protocole de gestion publique et mutualisée de l’eau, adopté par la majorité des acteurs. Il est unique en France : pour disposer du droit d’irriguer, les agriculteurs doivent adopter des pratiques respectueuses de l’environnement et de la biodiversité ; de plus, le système de gestion publique mutualisée et de redistribution des « droits d’eau » casse l’effet de rente découlant de la détention d’un bien rare.

Le pari de la profession agricole et des filières locales est de transformer les « contraintes » du protocole en leviers pour orienter les systèmes agraires vers des productions de qualité et à haute valeur ajoutée, dans des contrats et cahiers des charges répondant aux demandes sociétales et alimentaires des centres urbains de l’ouest de la France (bio, SIQO, diversification, agroécologie…).

Quels enseignements cette histoire inachevée, passionnante et pleine de rebondissements nous apporte-t-elle ? Peut-elle se dérouler ailleurs ? Selon quels modes de gestion de l’eau ? Pour qui ? Pour quelles productions et dans quels systèmes de production ? Bref, ce protocole autour des « bassines » ne pourrait-il pas préfigurer les futures relations entre les agriculteurs et la société ? Certains se prennent à y croire, localement et ailleurs…

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