Prochaine séance

Le 10 janvier 2023, 18H00-20H00

USA : la course aux très grands troupeaux laitiers s’accélère malgré les dégâts avérés

Avec André Pflimlin

Ancien ingénieur à l’Institut de l’Élevage
Auteur de Europe Laitière, valoriser tous les territoires pour construire l’avenir (Éditions France Agricole 2010)

Malgré les turbulences climatiques, économiques, géopolitiques, malgré une restructuration accélérée, la production laitière américaine continue de progresser. En 2021, 9,4 millions de vaches (dans 30 000 troupeaux) ont produit 102,5 millions de tonnes, soit près de 11 000 kg de lait par vache par an. Qu’est ce qui se cache derrière ces données moyennes ?

Début 2021, André Pflimlin nous avait présenté sa critique d’une étude d’économistes de l’USDA qui concluait que la rentabilité n’était possible qu’avec 1 000 vaches au moins. Certes les troupeaux à plus de 1 000 vaches font désormais près des deux tiers de la collecte US, mais est-ce une preuve de rentabilité et de durabilité ?

En septembre 2022, André est retourné aux États-Unis pour voir et comprendre pourquoi cette restructuration s’est accélérée, notamment dans le Wisconsin, toujours n°1 en nombre de producteurs et en fabrication fromagère, un État où il avait constaté un retour au pâturage très significatif dans les années 2000-2007. Mais là aussi, les grands troupeaux se multiplient, décourageant la reprise des troupeaux familiaux. Et malgré la chute spectaculaire du nombre de livreurs (- 23% entre 2018 et 2021) et les alertes à la pollution des eaux, la collecte laitière continue de progresser.

Dans l’Indiana et les États voisins du Corn Belt où les troupeaux laitiers sont en baisse depuis des décennies, des migrants hollandais se sont installés avec des troupeaux de 1 500 à 3 000 vaches avec l’appui technique et financier d’une société de consulting néerlandaise ; cette dernière a fait faillite mais les troupeaux à plus de 1 000 vaches sont restés. Des migrants internes venant de Californie aussi choisissent de s’installer dans ces grandes plaines à maïs pour mieux assurer l’autonomie fourragère de leurs très grands troupeaux. Tel Fair Oaks Farms avec ses 34 000 vaches au bord de l’autoroute d’Indianapolis Chicago produisant 400 000 tonnes de lait par et qui est devenue la vitrine des mega-dairies, ouverte au public, accueillant 500 000 visiteurs par an. Quel est le secret de cette réussite spectaculaire ?

Mais c’est dans l’Ouest aride que la plupart de grands troupeaux se sont installés dès les années 1990. D’abord dans les Rocheuses semi désertiques, sans contraintes environnementales et sociales, pompant abondamment dans les nappes ou les rivières pour l’irrigation et les animaux, mettant le Colorado à sec à l’estuaire. Puis à l’est des Rocheuses, sur la plus grande nappe souterraine du monde -l’aquifère Ogallala- dont le niveau baisse de façon inquiétante. C’est là que les immenses feedlots d’engraissement et les abattoirs se sont installés à partir des années 1970 ; c’est là aussi que s’installent de nouvelles laiteries et les grands troupeaux depuis plus d’une décennie. La guerre de l’eau est déclarée avec les autres usagers mais les autorités sont comme paralysés par un droit de l’eau datant de la conquête de l’Ouest : « premier arrivé, premier servi » !

Qui sont ces agri-managers qui se revendiquent toujours du modèle familial, forts de leur mission de nourrir le monde et disposant de moyens financiers importants ? Jusqu’où cette restructuration peut-elle aller, au mépris des conséquences environnementales, sociales, territoriales ? Dans un contexte mondial de plus en plus tendu et imprévisible, quelle place pour des filières alternatives, plus sobres, à forte valeur ajoutée, face à ce modèle laitier global qui s’est exporté en Chine et dans les pays pétroliers.

Qu’en pensent les éleveurs et les chercheurs américains rencontrés ? Quels enseignements pour nous, pour la France et l’Europe ?

Nous vous attendons nombreux pour en débattre !

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