Élevage et changement climatique-Alimentation durable et équitable


Enjeux et controverses à l’échelle mondiale

Avec Anne MOTTET (*)

Séance du 2 mars 2021, 18H00-20H00

(*) Anne Mottet : Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture-FAO, Division de la production animale et de la santé Ressources naturelles et production durable, Développement de l’élevage.

Agroéconomiste, Anne a débuté sa carrière professionnelle au Groupe Économie du bétail de l’Institut de l’Élevage. Elle a donc aussi une bonne connaissance de l’élevage français et européen.

A l’échelle mondiale, l’élevage remplit de nombreux rôles essentiels aux populations. Il contribue directement ou indirectement à l’ensemble des 17 Objectifs de Développement Durable signés par tous les pays membres des Nations Unies en 2015.

Ces contributions peuvent se regrouper en 4 thèmes principaux : sécurité alimentaire et nutrition, développement économique et moyens de subsistances, santé et bien-être, environnement et climat. Alors que ce dernier thème semble prendre le dessus dans de nombreux forums publics et scientifiques, il est crucial de planifier le développement du secteur en tenant compte de l’ensemble des dimensions de la durabilité.

Les produits animaux représentent 18% des calories mondiales, 34% de la consommation mondiale de protéines et fournissent des micronutriments essentiels, tels que la vitamine B12, le fer et le calcium. Le bétail utilise de vastes zones de pâturages où rien d’autre ne peut être produit. Les animaux contribuent également à la production agricole grâce à la production de fumier et à la traction animale. En outre, l’élevage constitue une source de revenus pour plus de 500 millions de pauvres en zones rurales. La majorité des aliments du bétail ne sont pas adaptés à la consommation humaine. S’ils ne sont pas consommés par le bétail, les résidus et sous-produits des cultures pourraient rapidement devenir un fardeau environnemental à mesure que la population humaine croît et consomme de plus en plus d’aliments transformés.

Contrairement aux estimations élevées disponibles dans les médias, seulement 3 kg de céréales sont nécessaire pour produire 1 kg de viande, en moyenne au niveau mondial. L’efficience des monogastriques souvent mise en avant en termes de GES émis par kg de produit à destination humaine, est discutable si on intègre dans ces bilans, la consommation de fourrages et d’aliments non consommables par l’homme. Ainsi l’élevage utilise environ 2,5 milliards d’hectares, dont 77% sont des prairies, avec une grande partie non cultivable et qui ne peut donc être utilisés que pour le pâturage des animaux. 

Malgré ces contributions, les investissements publics en élevage restent très limités à travers le monde et la « finance verte » semblent bouder encore le secteur. En outre, le déséquilibre d’informations disponibles sur le secteur ne permet pas d’informer de façon objective les décideurs publics. La FAO s’efforce de développer des outils permettant d’améliorer l’accès à ces financements et de former les gouvernements et les acteurs des filières de l’élevage à ces outils et à cette approche de toutes les dimensions de la durabilité.

Outre cette mise en perspective à l’échelle mondiale à partir d’un poste d’analyse particulièrement documenté à la FAO, Anne Mottet a abordé plus particulièrement 

  • Les tendances actuelles concernant l’élevage 
  • Son rôle dans la sécurité alimentaire, le développement économique, la santé et le changement climatique
  • Les liens entre enjeux climatiques et enjeux de développement durable plus large
  • Enjeux de société et (dés)information

Télécharger la présentation d’Anne Mottet

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Pour en savoir plus

Les relations humains/Animaux en crise, dans un contexte historique
Leroy et al. 2020. Livestock in Evolving Foodscapes and Thoughtscapes. https://www.frontiersin.org/articles/10.3389/fsufs.2020.00105/full

Impacts sur la nutrition et les émissions de gaz à effet de serre du retrait des animaux de l’agriculture des Etats-Unis
White & Hall, 2017. Nutritional and greenhouse gas impacts of removing animals from US agriculture. https://www.pnas.org/content/114/48/E10301

2 thoughts on “Élevage et changement climatique-Alimentation durable et équitable

  • 8 mars 2021 à 19h10
    Permalink

    Merci pour cette conférence intéressante.
    J’ai été intéressé d’apprendre que la question du méthane était en cours de réévaluation. Cela m’a conduit à regarder les informations sur l’évolution de la concentration en méthane dans l’atmosphère, qui semble assez erratique et imprévisible. Ses variations paraissent difficilement imputables à l’élevage herbivore, qui augmente de façon régulière. C’est un point important à creuser si l’on veut que l’élevage ne soit pas éternellement au banc des accusés.

    Réponse
  • 12 mars 2021 à 17h46
    Permalink

    J’ai beaucoup apprécié l’exposé d’Anne Mottet, riche de nuances et de réalisme. Mon silence lors de la séance n’est pas dû à un manque d’intérêt mais à une mauvaise maîtrise de zoom. Avec 10 jours de retard (toutes mes excuses) voici quelques unes des réflexions que m’inspire cet exposé, en prolongement de réflexions anciennes lorsque j’étais chercheur INRA et peut-être quelques pistes pour l’avenir.
    – L’approche systémique (notamment pour l’évaluation des différents bilans GES) et cycles de vie sont vraiment pertinentes et à développer pour pourvoir raisonner rationnellement.

    – S’il est vrai que la compétition alimentation humaine et animale est faible, il reste qu’à l’avenir toute augmentation de production de lait-viande-oeufs devra être produits à partir de plantes cultivées – donc en compétition avec la production d’aliments humains. Pour le moment et à l’échelle mondiale la production végétale destinée à l’alimentation humaine est suffisante (de l’ordre de 250 kg d’équivalent céréale par habitant et par an). Les cultures fourragères (au sens large, y compris grains) ne diminuent pas le potentiel de production d’alimentation humaine.

    – Raisonner en termes de besoins absolus (15 000 litres d’eau pour un kg de protéine…) n’a pas de sens car ce n’est qu’à la marge que cette consommation de ressources vient concurrencer les besoins humains. Que l’on raisonne en termes d’énergie (calories ou UF) ou de protéines, Anne a bien montré qu’un très faible partie des apports provient de production spécifiquement dédiée aux animaux. Le reste provient de parcours non cultivables, de sous-produits (paille, son, pulpe de betterave…) et de coproduits (tourteaux d’oléoprotéagineux).
    – les parcours sont un puits de carbone et une réserve de biodiversité dont l’abandon accroitrait les risques d’incendie et la fermeture des milieux. Leur maintien assure la dissémination des graines tout au long des parcours de transhumance ainsi qu’un transfert de fertilité (fumier) vers les zones de culture (réduisant ainsi l’utilisation d’engrais chimiques);
    – l’utilisation et la valorisation des sous et co-produits améliore le revenu tiré de la production du produit principal. Par exemple au Maghreb la vente de paille et de chaumes à pâturer apporte au céréaliculteur plus de revenus que la vente de grains. Et une mévente sur les tourteaux d’oléoprotéagineux entrainerait une compétitivité accrue des huiles de palme et d’olive sur les marches mondiaux des corps gras.

    – La comparaison ruminants/monogastriques est biaisée si on ne regarde que la production de viande. Mais il faut tenir compte que
    – les monogastriques ne produisent qu’un seul produit alors que les ruminants sont – très majoritairement – à plusieurs fins. Leurs consommations d’aliments et leurs émissions de GES doivent être répartis (avec un prorata toujours arbitraire!) sur l’ensemble de leurs produits : lait-viande-traction-laine;
    – les ruminants exploitent des zones non cultivables (bien que ce concept doive être relativisé). Lorsqu’ils sont nourris comme des cochons en feed lots, oui ils émettent plus de GES que les cochons. Mais à l’échelle mondiale ce n’est qu’une faible proportion.

    – Les « mauvaises » performances des élevages pastoraux africains sont le résultat de la structure des cheptels : beaucoup de bêtes non productives conservées comme réserve contraléatoire. L’amélioration de leur performance passe par la disponibilité d’une alternative pour réagir aux aléas : investissement foncier (urbain ou agricole) ou financier (banque, …)

    – Enfin (last but not least) il faut garder à l’esprit que la consommation de viande n’a pas seulement un but nutritionnel (apport de protéine animale) : elle a aussi une dimension hédonique, identitaire, culturelle tout aussi nécessaire que la dimension nutritionnelle. Nous savons tous élaborer une ration quotidienne pour être humain (à décliner selon l’âge, la fonction physiologique etc.) sur la base de farine de maïs, de tourteau de soja et d’un complément minéral vitaminé + quelques acides aminés de synthèse. Ce serait alors la fin d’un certain humanisme et le triomphe de l’industrie chimique (pour nos CMV et acides aminés – et pour les engrais des cultures de maïs et de soja)!

    Désolé d’avoir été aussi long mais c’est à la mesure de l’intérêt que j’ai porté à cette conférence.

    Réponse

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