Quelle agriculture « agroécologique » Européenne en 2050 ?

L’IDDRI et le bureau d’études AScA ont réalisé une étude prospective sur ce que pourrait être une agriculture agroécologique européenne en 2050, sur le plan biotechnique. L’intérêt de ce travail est évidemment très grand au regard des enjeux environnementaux, climatiques, alimentaires, santé, sociaux et de gestion du territoire que la politique agricole se doit d’intégrer aujourd’hui et demain.

Comment ont-ils fait pour cela ? Quelles variables ont-ils privilégiées : ressources naturelles à sauvegarder, santé en lien avec l’alimentation et les régimes alimentaires souhaitables, sauvegarde et aménagement des paysages, abandon total ou partiel des désherbants chimiques, pesticides et fertilisants de synthèse, réduction des émissions de gaz à effet de serre ?

Xavier Poux, agronome et « architecte » de cette prospective nous exposera la méthodologie appliquée, les choix agronomiques et environnementaux retenus, les quantifications qui en résultent, et les premières pistes qui se dégagent en termes d’enjeux socio-politiques et économiques. En un mot, la robustesse et la cohérence de cette prospective.

Synthèse de la présentation et des discussions

Rappels sur l’étude par Xavier Poux

Cette étude IDDRI- ASCA  présente un système alimentaire pour L’UE 2050 permettant à la fois de mieux satisfaire les besoins nutritionnels des 530 millions de consommateurs  européens  et de restaurer la durabilité des  ressources naturelles en supprimant les pesticides et les engrais chimiques donc en basculant toute l’agriculture UE en Bio. L’objectif de conservation de la biodiversité combine à cette couche « bio » une exigence de conservation et d’extensification des surfaces en prairies permanentes et de développement des surfaces en infrastructures agroécologiques (haies, zones humides, arbres, agroforesterie…).

Les  3 objectifs visés 

– démontrer que ce scénario agroécologique peut mieux  répondre aux enjeux environnementaux (sans tout rabattre sur la réduction des GES)en même temps qu’à ceux de nutrition et santé, par rapport au système alimentaire actuel.

– développer une / des  trajectoire (s)  de transition plausible  avec  les leviers / obstacles principaux.

– alimenter les débats politiques et sociétaux  sur l’avenir de l’agriculture, à partir des résultats  de cette étude.

Aujourd’hui, TYFA a essentiellement abordé le premier point sous un angle de quantification biotechnique uniquement.

La méthode : un modèle d’équilibre de biomasse  avec en entrée : la demande alimentaire UE,  les imports /exports ; et en sortie l’utilisation des surfaces agricoles, les productions végétales et animales, le solde du bilan azoté.

Les résultats : Par rapport à la base 2010, malgré une baisse de 35% des productions végétales (correspondant au passage en Bio)ce scénario : 

1) satisfait aux besoins alimentaires  tout en préservant l’exportation de céréales, vins et produits laitiers ; 

2) conduit à une réduction des GES de 40%  et à un bilan azoté légèrement excédentaire

3) permet de conserver les ressources naturelles et de reconquérir la biodiversité.

En fait c’est principalement la baisse de moitié des protéines animalesau bénéfice des protéines végétales dans le régime alimentaire humain qui permet de compenser la baisse de biomasse. Cependant pour préserver la biodiversité et  la fertilité  des sols il faut maintenir de l’élevage avec  des prairies, du bocage  et des légumineuses, ce qui permet  de se passer du soja américain  et  de réduire les GES. Au final la réduction de l’élevage est de 45% , 70% pour les monogastriques et -20 % pour les herbivores.

Les variables les plus sensibles testées quant aux résultats précédents sont  le % de produits animaux dans le régime, les systèmes d’élevage et les hypothèses sur la fixation d’azote par les légumineuses.

Les 2 limites  principales identifiées sont la non prise en compte  de l’effet du changement climatique  sur les ressources hydriques en 2050 et la non territorialisation…

Résumé des  questions et des débats :

C’est une étude et une présentation très pédagogiques, ouvrant et  élargissant la discussion sur l’évolution de la PAC.C’est très bien de partir de la demande sociale  et de la mettre en équation de façon cohérente  

 Le choix d’un seul scenario permet de cerner  l’impact d’une modification dusystème d’alimentation  sur les productions végétales et sur l’élevage, de rendre crédible ce nouvel équilibre.

 Le choix d’un passage intégral au Bio au niveau de la ferme Europe, donc un scenario de rupture,  une utopie même à moyen terme, ne nuit pas à la démonstration mais vient  plutôt la renforcer.

La méthode choisie, la modélisation (plutôt que la prospective)   semble suffisamment transparente pour pouvoir approfondir ou critiquer certaines références ou hypothèses du rapport final, permettant des ajustements ultérieurs 

Parmi les limites citées

– La non territorialisation : le choix de la «ferme Europe»a beaucoup d’avantage pour ce type d’exercice mais semble loin du concept d’agroécologie qui doit s’inscrire dans le milieu  et les pratiques locales.

– L’inventaire  des pratiques agroécologiques  actuelles aurait été utile pour élargir les références Bio et mesurer le chemin à parcourir.

– l’incidence sur l’emploi rural  avec la réduction drastique de l’élevage de monogastriques et l’extensification  et la réduction de celui des herbivores reste à évaluer

 – l’incidence sur les IAA de filières animales  et de l’agrofourniture, pour l’économie régionale et les emplois  

Concernant les résultats :

– le rapport viande blanche / viande rouge est surprenant et mérite d’être rediscuté 

– quelle signification d’un bilan azote global UE nul ou légèrement positif;  les problèmes sont  différents selon les régions et les milieux …  

Concernant la transition vers l’agroécologie, le passage à l’action:

– une  demande des consommateurs toujours ambivalente entre qualité et prix 

  qui / comment éduquer les consommateurs pour  aller vers ces nouveaux régimes ?

  quelle plus-value  des  produits  agroécologiques , surtout si c’est le nouveau standard

– les freins : la grande distribution semble plus réceptive, les IAA sont plus rigides…

– quelle réceptivité  de l’étude des OPA et des politiques  français /UE  dans un contexte UE / Monde de compétition de tous contre tous,  et même de guerre commerciale  où tous les coups sont permis 

 Enfin s’agissant d’une 1ère étape d’une contribution très originale, on ne peut qu’encourager les travaux complémentaires.  

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